Dossier historique
Dossier préparé par Nicole Fouché, CNRS/Céna/EHESS)
La création de l’Association en 1920 est le fruit de plusieurs ambitions féminines :
- L’ambition clairement théorisée de diplômées anglaises et américaines de permettre aux femmes diplômées de tous les pays de jouer un rôle manifeste dans la reconstruction de la société internationale après la Première Guerre mondiale (création de la Fifdu en 1919)
- L’ambition des diplômées françaises de sécuriser définitivement leur accès à l’enseignement secondaire puis supérieur et de mettre leurs compétences au service d’un monde plus juste, aux côtés de leurs homologues étrangères (création de l’Affdu en 1920)
Les moyens proposés sont simples. Respect mutuel entre nations mais surtout entre peuples et pour commencer entre femmes : découverte mutuelle des cultures, apprentissage réciproque des langues, compréhension partagée des mentalités, par le moyen de contacts personnels, grâce aux voyages, aux échanges individuels et aux bourses d’études. Ne pas laisser les femmes en dehors de ces circuits impliquait d’utiliser les compétences et les réseaux de femmes diplômées. L’idée des fondatrices de la Fifdu et de l’Affdu était aussi d’inciter les femmes éduquées et pacifistes à fréquenter et à influencer les lieux de pouvoir, par exemple les organisations internationales en construction, dont on pense qu’elles auront une influence considérable sur l’ordre politique mondial. Les femmes ont le devoir de se saisir de la tribune qu’offrent les organisations internationales et de défendre la cause des femmes et de la paix dans le monde. Toutes les valeurs qui étaient à la fondation de la Fifdu et de l’Affdu restent aujourd’hui d’actualité.
C’est bien dans l’esprit de construire un nouveau rôle social pour les femmes instruites qu’ont été créées, d’abord la Fifdu et ensuite l’Affdu.
L’association française (qui a bénéficié du cadre de la loi de 1901 sur la liberté d’association) a mis au point un certain nombre de moyens pour parvenir à ses fins. Elle a rédigé des statuts qui assurent son indépendance idéologique et financière, elle s’est organisée en groupes locaux, elle a créé des commissions, une revue ; elle a organisé des séminaires de recherche et des colloques de vulgarisation.
Elle participe régulièrement aux activités de la Fifdu (qui a le statut d’ONG auprès des Nations Unies et de ses agences : Unesco, Unicef, OIT… ) ainsi qu’à celles du Gefdu qu’elle a contribué à créer — Groupement européen des femmes diplômées des universités : il a un statut consultatif auprès du Conseil de l’Europe et est membre du Lobby européen des femmes. L’Affdu gère un service de bourses destiné aux étudiantes avancées, afin de favoriser leur déplacement à l’étranger dans le but fondateur de « mutual understanding ».
Depuis sa création, l’Affdu a mobilisé des femmes diplômées, sans distinction de spécialité : certaines furent, dans leur discipline, d’immenses professionnelles et des modèles de militantisme pour les générations de femmes à venir. Souvent, elles assuraient les liens institutionnels ou individuels avec les autres associations françaises de défense des femmes (particulièrement avec le Conseil national des femmes françaises qui fut un mouvement de femmes très actif, lui- même adhérent à une organisation internationale). Elles ont souvent des responsabilités internationales. Parmi nos membres émérites on peut citer, tout en ayant conscience d’être partiale : Marie Curie : physicienne et chimiste deux fois nobelisée ; Marie Monod : spécialiste de Marie d’Agoult ; Marguerite Pichon-Landry : présidente du CNFF ; Marie-Hélène Lefaucheux : représentante de la Fifdu à l’Unesco, représentante de la France à la commission de la femme des Nations Unies, présidente du CNFF, vice présidente du CIF ; Jeanne Chaton : qui succède à Marie-Hélène Lefaucheux aux Nations Unies et qui devient présidente du Comité permanent des ONG à l’Unesco ; Germaine Montreuil-Strauss : docteur, externe des hôpitaux, fondatrice de l’Association des femmes médecins, auteur du livre Éducation et sexualité ; Madeleine Schwab : membre du conseil d’administration du Planning familial, sans oublier les très talentueuses Louise Puech, Eugénie Cotton, Louise Weiss, Geneviève Bianquis, Suzanne Bastid-Badevant, Cécile Brunschvicg, Irène Joliot - Curie… et des soutiens américains de poids comme Virginia Crocheron Gildersleeve et Dorothy Flaag Leet, sans oublier Danielle Haase-Dubosc, directrice de Reid Hall qui, en maintenant l’association dans ce lieu privilégié, maintient visible la filiation de l’Affdu avec les États-Unis.
Dans les vingt dernières années, nous retrouvons l’Affdu faisant face à la démocratisation de l’enseignement supérieur. On la trouve aussi sur les questions de la parité, de l’accès des filles aux carrières scientifiques, de la violence à l’encontre des femmes, des discriminations au travail, de la féminisation et de la dévalorisation des métiers, de la mondialisation et de l’écologie. Quant à la paix mondiale et à la situation des femmes dans le monde, nous sommes encore loin du compte et les diplômées ont encore beaucoup de choses à dire et à faire.




